Le Bolero et l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam

Alors que l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, sous la direction de George Benjamin, donne la version “ballet 1928” du Bolero issue du travail de la Ravel Edition, nous allons revenir sur les liens entre cette oeuvre et l’orchestre néerlandais.

Le premier enregistrement de l’oeuvre avec l’Orchestre du Concertgebouw est à mettre au crédit du légendaire Willem Mengelberg. Gravée en 1930 pour Columbia, cette lecture se caractérise par une accélération du chef dont le tempo métronomique passe de 78 à 86 (à la noire), comme le souligne Alain Pâris dans son article “Quelle importance attribuer aux sources enregistrées ? ” écrit pour le volume 1 Bolero de la Ravel Edition. Alors que la plupart des enregistrements du chef sont régulièrement réédités, ce Bolero est étonnement tombé dans l’oubli et quasi-introuvable. Heureusement Youtube permet aux mélomanes de le retrouver et d’apprécier la pâte de ce musicien au rubato caractéristique.


Les archives de l’orchestre nous apprennent que Mengelberg dirigea 14 fois le Bolero au cours des années 1930 et 1931, à travers les Pays-Bas, mais également en Belgique. En 1932, Ravel en personne est invité à diriger son oeuvre à Amsterdam.

Successeur de Willem Mengelberg en 1945, Eduard Van Beinum était un amoureux de la musique française dont il grava de superbes versions des grandes oeuvres de Berlioz, Franck, Debussy et naturellement il s’attaque à celles de Maurice Ravel. En 1958, il enregistra, pour le label Philips, sa version Bolero, elle est régulièrement réédité.

Le décès inopiné de Van Beinum, âgé seulement de 59 ans, permit à un jeune prodige hollandais d’accéder à la direction musicale de l’Orchestre : Bernard Haitink. Grand admirateur de Ravel, le chef enregistra une anthologie Ravel avec naturellement le Bolero en pièce maîtresse (Philips). Cette version est un classique de la discographie, fidèle et solide pièces maîtresse de nombreuses rééditions et compilations.

A la fin des années 1980, Haitink passa le relais au jeune Riccardo Chailly. C’était la période d’expansion du marché du disque avec la diffusion du CD. Chailly avait un contrat avec la firme Decca qui lui permit de multiplier les galettes, toutes des très haute qualité. Son premier disque avec le Concertgebouw fut dédié aux Tableaux d’une exposition de Moussorgski couplé au Bolero. Bénéficiant d’une prise de son de démonstration, ce disque est considéré comme la référence absolue et il est primé dans de nombreuses discographies comparées. Ainsi, France Musique relève, dans une Tribune des critiques de disque : “Riccardo Chailly, plus extraverti, exalte la réitération rythmique jusqu’à l’ivresse. Fermement tenu, son Boléro culmine dans une impressionnante prolifération, parsemé de couleurs lascives, nonchalantes, où des bouffées d’angoisse se fondent à la danse avec une joie inquiétante. Magistral.” !

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