Ravel Edition

Quatuor pour instruments à cordes

Quatuor pour instruments à cordes



Edition révisée sous la direction de François Dru avec la collaboration de  Benjamin Attahir



Le Quatuor pour instruments à cordes, sans mention de tonalité [1], selon la terminologie communément usitée par la « Société Nationale de musique » et mentionnée par l’auteur en exergue de son unique manuscrit à l’encre[2], est l’une des rares œuvres de Ravel qui connut plusieurs publications distinctes et remaniements successifs attestés de son texte. Si la première de l’ouvrage fut donnée le samedi 5 mars 1904 lors des séances de la Société Nationale[3], la partition ayant été achevée en avril 1903 selon la date qui figure après la dernière mesure du quatrième mouvement[4], c’est très certainement sur un matériel manuscrit, et maintenant disparu, qui fut donnée la création par le Quatuor Heymann[5]. C’est en 1905, et non l’année précédente comme généralement avancé dans de nombreux ouvrages[6], que fut publiée  la première gravure de l’œuvre (« Partition et Parties séparées ») par la maison d’édition « G. Astruc  & Cie ». Il ne demeure visible, à ce jour, que peu d’exemplaires de cet incunable ainsi que de son matériel[7]. L’étude comparative du manuscrit et de la publication de 1905 apporte de passionnantes informations sur l’évolution scripturale du geste d’écriture de tel trait, de modifications de l’usage des doubles ou triples cordes, du jeu en harmoniques ou telle mention agogique corrigées a posteriori, très certainement après que l’ouvrage fut disséqué  par les musiciens de la Société nationale ; des archets expérimentés qui avaient certainement pu apporter leur savoir de praticiens au jeune compositeur frais émoulu des bancs du Conservatoire de Paris

Par la lecture des gazettes musicales et les comptes-rendus des concerts, nous apprenons que le « Quatuor » de Ravel fut régulièrement redonné (entre autres, par le Quatuor Parent en 1907, et l’inévitable Quatuor Capet). De nouvelles exécutions qui purent certainement permettre au compositeur, qui fut toute sa vie durant ouvert aux conseils des instrumentistes,  de peaufiner son ouvrage et de perfectionner sa connaissance spécifique du jeu des cordes

Une lettre du 12 octobre 1910[8] de Ravel à « Monsieur G. Astruc & Cie » indique : « j’ai l’honneur de vous informer que j’approuve la cession faite par nous à MMrs Durand & Cie de mes deux ouvrages « Shéhérazade » et « Quatuor à cordes ». Par la présente lettre, je vous donne pleine et entière décharge ».

Ainsi dans le livre de cotage Durand[9], il est mentionné que cette seconde édition fut adressée au Dépôt légal le 24 décembre 1910[10], et imprimée, pour la partition à cinq cents exemplaires[11] . Au nouvel exercice de comparaisons des deux éditions successives, il apparaît clairement que Durand, en plus de l’acquisition légale du titre, pu compter sur l’acquisition des plaques de plomb qui avaient été utilisées pour la gravure de 1905, la composition des pages ainsi que les polices utilisées étaient strictement identiques. Quelques corrections furent ajoutées et, une nouvelle fois, le compositeur modifia des détails d’usage technique du jeu des cordes, sans que toutefois ne fut conservé un quelconque témoignage direct de corrections de la main de l’auteur ou d’un responsable éditorial, pour une nouvelle parution qui ne fut pas mentionnée par le second éditeur de la Place de la Madeleine sous la forme d’une « édition révisée ».

Dans le cadre de cette édition révisée 2021, réalisée d’après le manuscrit de 1902-1903, la toute première édition de 1905 et complété par celle de 1910, nous souhaitions pouvoir présenter ce que fut le premier geste écriture d’un compositeur de vingt-huit années, tout en mentionnant sous forme d’inserts sur la partition, les modifications successives qui aboutirent au texte de 1910.  François Dru – mars  2022  (Reproduction interdite sans l'accord de la Ravel Edition). 

Le Quatuor pour Instruments à cordes est le sujet du premier épisode de la série de vidéos Ravel : Papier à musique

[1] A notre connaissance, c’est Roland-Manuel, dans Maurice Ravel et son œuvre – Editions Durand, Paris 1914, qui assigna le premier à la partition l’épithète « en fa ». Cela à l’instar des autres tonalités qui accompagnèrent, plus tard, les deux concertos pour piano sous la même plume. Dans son « Esquisse biographique » de 1928, sans que nous sachions si la terminologie provient directement du compositeur ou de Roland-Manuel qui corrigea et édita le texte final,   Ravel évoque son «Quatuor en fa ».

[2] Le manuscrit complet à l’encre est conservé dans la collection des Archives du Palais de Monaco.

[3] Le programme complet était composé de : 1. Ravel, Quatuor à cordes 2. Chabrier, Pièces pittoresques 3. Mariotte, Trois Sonatines d’automne et 4. Castillon, Quatuor pour piano et cordes

[4] Sur le manuscrit est mentionné « Décembre 1902 » à la fin du second mouvement.

[5] Instrumentistes déjà connus, entre autres,  lors des premières exécutions à la « Société » du Quintette de César Franck.

[6] Sur une des épreuves, la quatrième, est indiquée par un timbre à date le « 14 février 1905 ». L’œuvre n’a donc pu être publiée en 1904.

[7] Un exemplaire en parfait est conservé à la Morgan Library New York City  (PMC 2011), l’exemplaire présent dans la collection de la BNF( VMR-37) est « incommunicable », et la Ravel Edition a pu acquérir un jeu des parties séparées de 1905 dans un état neuf. 

[8] BNF LA-RAVEL MAURICE-107

[9] Ravel avait initié sa relation avec les Éditions Durand à l’automne 1905 pour la publication de sa Sonatine.

[10] Ainsi que la réduction pour piano quatre mains réalisée par Maurice Delage (D&F. 7951).

[11] La partition chant/piano de Shéhérazade fut adressée le 14 janvier 1911 au Dépôt légal et fut imprimée à trois cents exemplaires.


La partition et les parties séparées sont actuellement disponibles à la vente. Contact : sales@21-music.be

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